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Primitifs - 2015 > 2017
Danseurs d'alertes
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Les quatre danseurs et le chanteur réunis au plateau jouent les architectes dans un foisonnement de propositions de monuments post-radioactifs. Toujours à mi-chemin entre l’ironie et la lucidité, Primitifs dérive petit à petit du verbiage publicitaire, truffé d’insupportables éléments de langage, vers l’objet poétique, vibrant d’humanité et de créativité. Cela tient sûrement aux singularités de la communauté rassemblée sur scène, aux présences si disparates qui toucheront à la grâce le temps d’une chorale suspendue à un cri nécessaire et vital..

Stéphanie Pichon
JUNKPAGE - FÉVRIER 2017

Primitifs
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Le spectacle, s'il est très écrit, d'une intelligence galvanisante, donne l'impression de s'inventer en direct. Les interprètes sont d'un naturel confondant. On ne sait plus ce qui est fiction ou réalité et l'on se laisse aller à ce jeu de dupe qui pourtant ne trompe personne mais nous emmène sur des territoires de pensée roboratifs, non sans un humour revitalisant. Et si « Primitifs » s'adresse principalement à notre esprit, il n'en oublie pas de convoquer d'autres sens, et son final, où se révèle l'intensité magnétique du danseur Aragorn Boulanger est un point d'orgue émotionnel inattendu qui convoque la dimension spirituelle de notre humanité.

Marie Plantin
THÉÂTRE(S) - ÉTÉ 2016

 

Cartel - 2013 > 2014
L'émouvant hommage à la danse de « Cartel »
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C'est dans les environs de Bordeaux, au Cuvier d'Artigues, que le public de Novart a pu voir un rare hommage à la danse, « Cartel », création de Michel Schweizer, un habitué de l'agit-prop en scène. Pour cette création, il a réuni une ancienne étoile de l'Opéra de Paris, Jean Guizerix, une chanteuse, Dalila Khatir, un espoir de la danse classique, Romain di Fazio, entre autres. Schweizer convoque à la fois les souvenirs de Guizerix et la mémoire de son corps. Lorsque ce dernier esquisse une chorégraphie des mains ou quelques pas volés à Merce Cunningham, c'est superbe. Guizerix fut un danseur de grande classe - il a pris sa « retraite » de l'Opéra en 1990, enseigne aujourd'hui - avec un esprit ouvert. Il raconte durant « Cartel » sa visite au maître américain Cunningham, le retour en bateau à bord du « France » avec sa femme, la ballerine Wilfride Piollet, et son impression d'avoir changé à tout jamais.
De l'intime au spectaculaire
Face à lui, et c'est là tout le génie de Schweizer, le jeune interprète qu'est Romain di Fazio veut comprendre... On passe alors de l'intime au spectaculaire, comme dans cette séquence finale où le jeune danseur s'épuise en pirouettes et autres grands jetés sur un air aux consonances électroniques loin des partitions du ballet. « Cartel » ne manque pas d'humour même si, parfois, la gravité affleure. On pense à cette révélation sortie de la bouche de Michel Schweizer, qui donne des nouvelles d'une autre étoile de l'opéra, Cyril Atanassoff, juste blessé avant les représentations de Novart. « Cartel » n'est pas sans faiblesses - bavard en diable notamment. Mais il se dégage de l'ensemble un vrai amour de la danse, du corps en scène comme du corps en souffrance. Idéal en ces temps moroses.

Philippe Noisette
LES ECHOS - 03/12/2013


Jean Guizerix, messager des étoiles
Avec “Cartel” présenté au Festival Novart, Michel Schweizer interroge la mémoire d’un corps, celui de l’ancien danseur étoile Jean Guizerix. Un hommage à la danse et à la transmission. “L’immobilité, c’est encore de la danse.” Jean Guizerix, élégance intemporelle, fait entendre cette sentence de Merce Cunningham. Sur le plateau à découvert du Cuvier d’Artigues où Cartel est donné sous l’égide de Novart, cet ancien danseur étoile du Ballet de l’Opéra de Paris plonge dans ses souvenirs. Une séance de travail avec Noureev, un studio à Manhattan où il rencontre le maître Cunningham. Et l’impression que ces expériences vont le nourrir à tout jamais, faire de lui ce qu’il est : un corps mémoire de la danse. Guizerix explique l’importance des mains pour comprendre le mouvement. A ses cotés, un jeune soliste, Romain Difazio, écoute ou copie dans un effet miroir. Jean Guizerix a tout connu; la gloire dorée sur tranche à l’Opéra, les créations contemporaines et la recherche. Son compagnon de route rêve peut-être de la même carrière : dans un final éblouissant, Difazio enchaîne les sauts et les tours sur une musique techno, parle de ces concours sans issue, des observateurs qui ne lui disent jamais tout à fait non. Mais pas vraiment oui.

On voit bien ce qui a pu fasciner un créateur comme Schweizer, adepte du documentaire-fiction mis en scène. Après des culturistes, des maîtres-chien ou des adolescents – le très beau Fauves –, il braque son regard sur les virtuoses de la danse classique. “Comment ces professionnels confirmés à la vie saturée par l’excellence d’un savoir-faire et ses croyances associés, sauront retrouver une marge de liberté dans une sorte d’élan testamentaire ?”, questionne Schweizer. Et d’inviter, non pas une gloire du passé, mais un homme libre.

(...)Cartel est un hommage à la danse d’une rare puissance. Et Jean Guizerix, notre idole pour toujours.
Philippe Noisette
Les Inrocks - 02/12/2013
 
 
 
 
Fauves - 2010 > 2013
 
Roulez jeunesse dans les turbulences du marché !
(…)
Fauves fait la part belle à la formidable énergie qui irradie de cette jeunesse collectivement vécue. Sur un écran en fond de scène, des injonctions apparaissent à point nommé Telle celle-ci : Prenez de la distance, peu à peu, les phrases se font de plus en plus directives jusqu’à celle-ci : « Nous vous invitons à utiliser un tiers de votre cerveau disponible pour Google ». Ce qui va se dessiner, c'est la description d'une tentative d’assujettissement et de servitude molle, d’apathie librement consentie où l'énergie fauve de la jeunesse, force vive, dangereuse, menaçante pour l'ordre, serait sournoisement entravée par des mains invisibles. Michel Schweizer fait œuvre politique au sens large en demandant à ces corps néophytes de faire mine de se plier pour affirmer le plus de libertés possibles. Ainsi Fauves, une fois encore, témoigne que la mise en mouvement à plusieurs peut rendre très précisément compte de l'état de la société à l'heure où nous sommes.
Muriel Steinmetz
L’HUMANITÉ – 15.11.2010

Des ados sur un plateau
Ils surgissent du public et, comme dans la vie, façonnent leur propre personnage. Avec une belle sensibilité. (…) Michel Schweizer, ex-chorégraphe pointu, qui depuis sept ans s'affiche comme simple « organisateur d'événements » a cette fois recruté des jeunes de 16 à 18 ans sur la promesse d'une « comédie musicale ». Après les maîtres-chiens, les femmes, danseuse classique ou culturiste, c'est cette tranche-là de la société que l'agitateur a « délocalisée » pour l'observer dans l'éprouvette du plateau. Si le langage du metteur en scène emprunte, par provocation, à la froideur cynique du marketing, il en va tout autrement dans le spectacle, où la vie - avec son lot d'émotions imprévisibles - prend le dessus. Vie reconstituée certes, mais dans une pâte sensible. Car ils apparaissent tels qu'ils sont à l'intérieur, ces ados, sous le regard tendre de deux quinquagénaires : Schweizer lui-même et son acolyte DJ Gianfranco Poddighe, chargé de créer l'ambiance (Bowie et le groupe Alphaville tranchant sur une ligne générale plus techno).
Emmanuelle Bouchez
TÉLÉRAMA – 26.11.2010

Les Nuits Fauves
Les dialogues sont de haute volée : "Michel, c'était comment avant le micro ondes?" Spirituel certes, mais dans la bouche d'ados de talent, c'est carrément effrayant. Et lorsqu'une voix dit préférer le stationnement à l'accélération, avant d'interpréter Heroes de David Bowie, on est au bord des larmes. Fauves parle à chacun de nous, sans distinction d'âge.
Philippe Noisette
LES INROCKUPTIBLES – 30.03.2011

Michel Schweizer et ses jeunes fauves en liberté
Au festival Novart de Bordeaux, le chorégraphe pose sur un plateau dix jeunes gens nature (…) Majordome flegmatique Depuis la création de sa compagnie La Coma, en 1995. Michel Schweizer situe à un carrefour où il règne en expert sans piquer le rôle des autres pour autant, encore moins se prendre pour ce qu'il n'est pas. Un peu sociologue, un brin psychologue pas mal metteur en scène l’air de rien chorégraphe, joliment acteur celui qui se définit comme prestataire de service endosse au cours du spectacle le rôle d'un majordome flegmatique qui veille sur un protocole qu'il fait semblant de ne pas tout à fait connaitre par cœur (ou presque). Il valorise les uns et les autres sans rien forcer et surtout pas l’émotion. Sur un sujet aussi fragile que l'adolescence et la jeunesse, il agit bien. Contrairement à son titre, Fauves est doux et grave.
Rosita Boisseau
LE MONDE – 12.11.2010



ôQUEENS - 2008 > 2011


Les femmes du Dr Schweizer
Michel Schweizer aime à convoquer pour chacune de ses créations une communauté éphémère, un casting improbable qui fait autant la force de ses spectacles que leur fragilité. Entamant un travail qui déstabilise aussi bien les participants que les spectateurs, voire lui-même, il parvient à poser de vraies questions, à entamer des discussions exemplaires. Pas de triche avec lui, on est certes au théâtre mais on se prend la réalité en pleine figure. La distance permet le rire mais la véracité des attitudes et des « personnages » impose la réflexion. « ôQueens a body lab » interroge les rapports hommes/femmes, le formatage ou les transformations du corps, la marchandisation des individus. Philosophie, sociologie, grand guignol, spectacle, provocation et réflexion aiguisée, une chose est sûre, il se passe toujours quelque chose d'étrange et pénétrant dans le laboratoire de Michel Schweizer.
Céline Musseau
SUD OUEST – 10.10.2008




Bleib - 2006 > 2010


La voie de son maître
Pour questionner notre société, MICHEL SCHWEIZER met en scène dans Bleib ! un psychiatre, un philosophe et une meute de bergers malinois. Hallucinant.

Michel Schweizer, DA de sa petite entreprise, la Coma, est un homme d'images à sa façon : sur le fond de scène se projette un slogan maison "Prospérité-Sécurité-Partenariat. On est dans le bain. Bleib ! ne parle que de ça, cette aliénation nouvelle et inquiétante de l'humain asservi « au vaste projet de domination du marché capitaliste ». Les signes ne trompent pas sur le plateau de l'Espace Malraux de Chambéry, fidèle soutien : on arbore des T-shirts imprimés « leurre » ou « tuteur providentiel » certains ont des vestes à leurs initiales. JPL ou DRD. Mais ces derniers ne sont autres que Jean-Pierre Lebrun, psychiatre, et Dany Robert Dufour, philosophe. Schweizer les a embarqués dans cette aventure, un spectacle vivant qui donne à réfléchir, sans pour autant négliger les ficelles classiques du théâtre, des lumières aux entrées/sorties de scène. Lebrun et Dufour ne sont pas seuls, une petite meute de bergers malinois accompagnés de leurs maitres-chiens traversent ce paysage mental, créant une tension supplémentaire - qui n'a pas croisé un jour le regard de ces molosses spécial gardiennage ne peut pas savoir de quoi on parle ! Nos duettistes s'interpellent à propos de cette société d'égoïstes qui est devenue le nôtre.
(…)
Michel Schweizer n'utilise jamais ces figurants actifs contre leur gré : il va vers eux et enrichit à leur contact, son vocabulaire. Sa direction d'acteurs est minutieuse, à la hauteur des ambitions de cette création non identifiée dans l’horizon actuel. (…) Bleib ! n'est pas désespéré, juste un peu inquiet. Mais comme l'affirme la dernière projection, "Our dreams are a future•.
Philippe Noisette
LES INROCKUPTIBLES 28.11.2006

Ballet canin et critique sociale entre rire et colère
(…)
A la question de la communauté qui se désintègre, Michel Schweizer rétorque par ce collectif éphémère. A la vitesse, il répond par la lenteur. Au matraquage des images et à la gonflette marketing, il oppose une sévérité formelle à toute épreuve. Le plateau est vide, simplement animé par nos deux savants lascars et quadrillé par les courses des malinois, leurs poses sculpturales. A condition d'aimer un peu les chiens, la beauté plastique, presque menaçante, de Bleib opus #3 éclate. Sa tristesse souterraine transperce aussi la carapace de la mise en scène au cordeau. Ce désespoir pudique donne toujours aux spectacles de Schweizer, qu'il s'agisse de Kings (2000) ou de Scan (2003), une saveur unique, entre rire, colère et impuissance. Tout est question de nuance chez Michel Schweizer. Son ironie, insolente de lucidité, indique que rien n'est à prendre au pied de la lettre. Ne pas être dupe, là est en partie la solution. Tenter d'éviter par un esprit aux aguets les plombs multiples qui tentent de nous abattre, en voilà une autre.
Rosita Boisseau
LE MONDE - 20.11.2006

Chienne de vie
Au sein du tout-puissant marché, où est l'homme, où est le chien ?
BALLET ANTHROPO•CANIN
BLEIB OPUS 3 DE MICHEL SCHWEIZER
(…)
Tandis que les chiens se meuvent au doigt et à l'œil, un écran analyse «l'état pulsionnel», «le degré d'exaltation» et autre «besoin de consolation » de leurs maîtres. Et les slogans défilent: «prospérité-sécurité-partenariat » ; « corps sain, esprit –vif ». Chacun est prié de se positionner «librement». Michel Schweizer, lui, s'est positionné depuis la création, en 1995, de son groupe La Coma. Il se dit-« organisateur d'expériences » plutôt que chorégraphe, et fait appel à des «prestataires de service» et non à des «interprètes». Manière, un poil provoc, d'intégrer les codes d'un système qu'il décrie. (…)
Cathy Blisson
TÉLÉRAMA du 12 au 18.04.2008




SCAN [ more business, more money management ] - 2003 > 2005


« Scan balaye le rayon joyeusetés »
Pas question de plaisanter avec Michel Schweizer, classé chez les chorégraphes contemporains. Dès l'entrée de l'espace Malraux de Chambéry, où il présente Scan, les spectateurs sont pris en charge par des hôtesses. Les VIP, regroupés en salle d'attente, dégustent des vins locaux. Puis on les dirige, via la scène, dans la salle déjà occupée par les non-VIP. Le spectacle peut commencer. Il est assez déroutant et carrément nihiliste. Tout est miné par les stratégies commerciales, par des deals multiples. Aucune des valeurs faisant que l'art est de l'art n'est épargnée. Il n'y a ni acteur ni danseur, ni• régisseur ni chorégraphe, mais des prestataires réunis dans la Coma, centre de profit. Ils sont au service du spectateur qui doit laisser quelques-unes de ses habitudes au vestiaire.
Hommes sans qualité.
Le bon, le beau, l'émotion, la technique, la prouesse la virtuosité tous ces mots n'ont plus cours sur un plateau occupé en permanence par des hommes sans qualité. Le monde du travail, la politique, la critique sont mixés en direct, franchement, sans tromperie sur la marchandise. Michel Schweizer est un manager redoutable qui choisit ses prestataires pour leur investissement dans le projet.
Le propos n'est pas d'injecter du réel, de faire rentrer du dehors dans le dedans du théâtre. La Coma défend sa réalité, à l'œuvre pendant une heure trente.
(…)
Scan marche à la frontière du cynisme, de la désolation, de la vacuité, citation de Jean-Pierre Cometti à l'appui: « L'art et la culture sont devenus (institutionnellement et politiquement) des leurres qui se substituent à l'impuissance politique. Le consensus y règne de part en part.» Le nouveau festival Art'tension, plein de joyeusetés dynamisantes, ne pouvait rêver plus belle ouverture.
Marie Christine Vernay
LIBÉRATION 06.11.2003




KINGS - 2000 > 2003


Sérieusement impertinent
Artiste atypique, un brin provocateur, un brin iconoclaste, Michel Schweizer, rôdé à la performance, a inventé un spectacle inclassable programmé aux îles de danses 2002. Inclassable et généreux, qui tord le cou aux idées reçues.
(…)
L'idée de «Kings» part de la rencontre avec un jeune garçon, si enthousiasmé par le boxeur Mike Tyson que Canal+ l'emmènera en Angleterre interviewer son idole. « Je lui ai proposé de raconter ce souvenir sur scène. J'ai commencé par un travail relationnel, introspectif et respectueux, bâti sur l'idée qu'il était utile aujourd'hui de plonger les gens dans un vis-à-vis sans ombre sur scène.» Viendront se juxtaposer un ex-danseur de Régine Chopinot, un autre de hip hop, une danseuse de claquettes, un maître- chien ... Tranches de vie de « rois » d'un soir, «Kings» détourne le principe du reality show en le faisant entrer dans le système de la représentation. Le projet est sélectionné sur dossier pour Bagnolet. Michel prépare alors une demi-heure et se retrouve- «étrange souvenir !» glisse-t- il- au gymnase Maurice-Bacquet avec un nouvel Ovni- objet volontairement non identifiable qui reçoit des encouragements et gagne des coproducteurs. << Le contenu est une exposition de matériaux autobiographiques, mais « Kings» es t très écrit, négocié avec les personnes et construit pour provoquer un maximum de plaisir. Le mixage de réalité, à des degrés divers, et de représentation est troublant, y compris pour les protagonistes dans l'exercice d'interprètes.» Bref, un objet culturel qui, à ce titre, a une valeur marchande.
Eveiller un autre regard
Michel embauche donc un maître-chien pour le surveiller, « selon une partition très simple, une déambulation précise, jusqu'à faire mordre un coin du tapis de danse, au grand scandale de certains spectateurs. Habilement dosé sur le temps et dans l'espace, c'est un élément de perturbation qui dynamise la tension.»
Notre iconoclaste a derrière la tête de se jouer « des enjeux relationnels qu'entretiennent l'art, le politique et l'économie.» Il espère, en désarçonnant un peu le spectateur, éveiller un autre regard, débarrassé de ses a priori sur un boxeur <
Bernadette Bonis
Revue DANSER – 2002


Les corps de métier mis au pas ... de danse.
Devant le Théâtre Paris-Villette, un homme en tenue de sport paramilitaire noire attend, un rottweiler muselé à ses pieds. Plan Vigipirate allégé ? L'attitude martiale et la solitude palpable de cet agent de sécurité apparemment désœuvré le nimbent d'un éclat dur. Quelques minutes plus tard, Patrice Pascouau, maître-chien professionnel, se pose tel quel sur le plateau du spectacle KINGS, de Michel Schweizer, dont il est un des prestataires, aux côtés d'un boxeur (Olivier Robert), d'un danseur (Lee Black), d'un imitateur de végétaux et d'œufs sur le plat (Patrick Robine, à tomber par terre !) … Il y détaille, comme sur un catalogue de vente par correspondance, son job multicarte avec une lucidité ironique. Il fait rire, il glace, il émeut tout à la fois. Façon ready-made à la Marcel Duchamp, sa présence sur scène, aussi froidement explosive qu'une bombe dégoupillée qui ne pète jamais, met sur un pied d'égalité tous les savoir-faire et fait accéder au statut spectaculaire un métier plutôt peu valorisé. Déplacer le front de l'art du côté social façon « vraie vie » : un refrain que nombre de créateurs, qu'ils soient plasticiens, metteurs en scène ou chorégraphes, reprennent sur tous les tons depuis quelques années.
Rosita Boisseau
TELERAMA 10.04.2002


L'OVNI, cet Objet Volontairement Non Identifiable
(…)
Pas nouveau mais pertinent, on y démonte, démontre, dénonce l'imbuvable manie de vouloir conférer une valeur marchande à tout et à chacun, même anodin, l'exposition publique permanente, la perte d'identité qui en résulte. Voilà pour le message, dont le seul choix pourrait bien être une première manifestation d'ironie ravageuse. Les moyens maintenant : danses variées, théâtres, happenings, photographies et projections, musiques, récitatifs, lectures, mouvements divers, apparitions inopinées d'un vigile avec son chien, d'un accessoiriste de rencontre, des artistes inoccupés, en attente de représentation ou rien du tout. Artistes ?à voir. Car dans ce patchwork aux allures de miroir brisé, chacun n'est montré que pour ce qu'il est, sous son identité réelle, avec ses disgrâces, ses talents et ses banalités, dans un jeu simultané de montre et de dérobade vis-à-vis du public, acteur nécessaire et non averti de son propre rôle.

(…) La salle écoute, soupire et rit, tout à son rôle de témoin, se laisse embobiner avec complaisance, doute (enfin) de la véracité de l'entracte, de la fin du show, de l'opportunité d'applaudir. Intelligent, déséquilibrant, sarcastique et jubilatoire, KINGS se fout-littéralement de la gueule du monde. Avec toutefois ce qu'il faut de compassion pour ne pas sombrer dans la vanité grincheuse des critiques convenues et faire de nous tous, pauvres quidams, des princes et des rois.
Jacques-Olivier BADIA
LA DEPECHE DU MIDI 11.02.2002




ASSANIES - 1998


Bien sûr, c'est un objet bizarre. Un bel objet étrange, non répertorié dans l'annuaire des genres. S'affirmant comme tel, ni spectacle, ni histoire, « Assanies » relève néanmoins des deux, y compris dans son souci d'interroger les formes. Soucieux de ne pas tomber dans les codes habituels, Michel Schweizer a proposé le fruit de sa réflexion à travers ce « protocole » qui demeure un spectacle, comme si cela ne pouvait être autre chose, par une sorte d'évidence ontologique. Il se trouve qu'en dépit de son étrangeté, « Assanies » fonctionne plutôt bien, mêlant humour et gravité, questions existentielles et petits joyaux de silence. Il y a en effet de très belles choses dans ce spectacle (c'est encore le terme qui convient le mieux), où les expressions se mêlent et s'enchaînent dans une atmosphère quasi religieuse.
Alors qu'on aurait pu craindre l'envahissement de la technique (micros, ordinateurs, vidéos, écrans, etc.), c'est au contraire un rituel minimaliste et délicat qui prend le pas, l'essence d'un projet qui interroge les corps, décortique le cerveau, analyse fécondation, clonage et autre parthénogenèse.
[ ... ] Repenser réellement le rapport entre l'œuvre et le public, la question hante sans cesse le plateau où le public est convié à se rappeler qu'il existe, dans une salle de théâtre qui demeure un théâtre.

Sophie Avon
SUD OUEST – 4.04.1998